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Journal d'un confiné. Jour #4. Jeudi 19 mars 2020.

Par Vinvin

En face de chez moi, à quelques mètres derrière le mur du jardin de la voisine privilégiée du rez-de-chaussée (elle a un jardin, donc), c'est la cour d'une école maternelle. Tout au long de l'année mes journées sont rythmées par les hurlements, les pleurs interminables, individuels ou collectifs, les jeux à la con, les chansons anxiogènes (les comptines m'ont toujours angoissé, ou comme les jumelles dans Shining, "viens jouer avec nous Danny"), les engueulades des instits aux voix graves qui tranchent avec les aigus meurtriers des gnomes insouciants, les genoux en sang, les morves au nez, les tartines au sol, les ballons qui filent dans la rue et "tant pis pour toi Téo on avait dit de faire attention !". C'est la valse des cris stridents qui rebondissent dans mon emploi du temps... Je m'y suis fait, et j'ai fini par ne plus vraiment y prendre garde. Mais je me rends compte aujourd'hui que le silence de leur absence est assourdissant... Leur présence me manque, c'est comme si je portais un casque anti-bruits, mais sans le casque. Je regarde ma montre et j'attends la récré qui ne vient pas. Le quartier est désert et sourd, les enfants crient sûrement ailleurs.

À la place, dorénavant, j'entends les bruits de mes voisins, puissance mille. Tous les voisins sont là, dans le même agenda, avec leurs enfants confinés qui pètent un câble. Quelque part en dessous il y a cette famille d'indiens, hyper sympas, qui aime la musique indienne c'est indéniable, et plutôt le volume à fond c'est également indéniable. Je n'ai pas le coeur de leur demander de baisser, d'abord parce que je kiffe le Bollywood style, et ensuite car je ne voudrais pas gâcher l'organisation de chacun au moment où l'on se prépare pour une longue traversée. Tous les jours à 11h le père donne un cours de gym à ses enfants, corde à sauter, tractions et galipettes, le tout en disant des trucs qu'on ne comprend pas mais ça sent la bonne ambiance.

De l'autre côté de l'immeuble, ce couple dont on apprécie toute l'année la vigueur, en profite pour peaufiner son fond de jeu. C'est énervant. C'est lui qui crie dans le couple, de façon régulière, assez fort, comme dans un vieux film porno des 80's. Elle se contente d'un léger "ouiiii" en fin d'ouvrage, c'est assez élégant. Quand je les croise en tenue de civil, assez régulièrement, j'aime bien me dire que je sais qui ils sont. Le savent-ils ? S'en moquent-ils ?

Les voisins du dessus quant à eux passent leur temps à bricoler, percer, poncer, nettoyer, aspirer, et je me sens tellement moins actif. Je regarde autour de moi ce que je pourrais bricoler mais, honnêtement, je ne vois rien...

Non loin, à mon étage, à l'heure où j'écris ces lignes, les voisins hurlent et on entend des bruits de verre cassé. Nous sommes tous au balcon mais ce n'est pas pour applaudir, c'est carrément flippant. Le type passe ses nuits en réseau à jouer à des jeux très bruyants à base de rafales de mitraillettes et de rap US. Le confinement n'a pas réduit sa consommation, bien au contraire, je me demande s'il dort parfois. Mais là je viens de piger qu'ils sont trois, une femme et deux hommes donc, et sans doute que cette formule dans un appartement confiné, pendant des semaines, ça risque de ne pas le faire.

Update : les flics viennent de passer. En fait ils sont frères, et il y a la petite amie d'un des deux frères avec eux, en permanence. "Bagarre de frangins" ont-ils dit au flics... La famille c'est sacré !

Ça va être long...

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