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Journal d'un confiné. Jour #3. Mercredi 18 mars 2020.

Par Vinvin

Il était pile 20h hier soir quand je suis sorti sur le balcon m'en griller une avec mon fils. Oui je sais, ce n'est pas bon pour les poumons, hahaha. Mais je ne savais pas qu'il était 20h et donc ça m'a fort surpris d'entendre tout le monde nous applaudir, juste pour une clope. Merci les gens. C'était un peu éparse, un peu maladroit, ici un gars super enthousiaste, là-bas un petit couple qui criait "ouais !". Nous nous sommes regardés, mon fils et moi, et il m'a demandé quel était le problème. Je lui ai dit que c'était pour exprimer collectivement et spontanément notre solidarité envers le personnel de santé, qu'il fallait applaudir, ou chanter de l'opéra, comme en Italie. Il m'a répondu que les infirmiers et autres docteurs étaient à l'hôpital et ne pouvaient donc pas nous entendre. Certes. Pragmatisme d'adolescent. Rien à redire.

Bien entendu, cela ne durera pas quinze jours. C'est minimum un mois, on le sait tous... C'est dans notre horloge interne, on se connait. S'il avait annoncé 45 jours d'un coup il y aurait eu des morts au rayon PQ. "Monsieur le Président, il faut y aller avec de la vaseline, partez sur un petit 15 jours et on en remettra une lichette quatre ou cinq jours avant que ça se termine. On refera le coup une deuxième fois dans un mois, et à la fin si tout le monde a bien bossé on sera bon, on ressortira au printemps, ce sera la fête du slip, retour de la consommation de masse, on comptera les morts et on nettoiera les crèches, la vie continuera et vous serez réélu monsieur le Président !".

On ne réalise pas bien le bordel mais c'est réel, c'est en train d'arriver. Je me disais que la guerre, la vraie, se passait aussi comme cela, en plein jour, en pleine lumière, avec le chant des oiseaux, le temps qui passe... Et parfois il ne se passe rien. Que cela devait être stressant ces semaines sans nouvelles, avec la peur du courrier ou de la visite d'un officiel. Pas de télévision, pas d'informations, pas de bruit parasite pour occuper l'esprit à ne pas penser. Ne rien savoir, ne rien gagner, ne plus dépenser mais ne plus produire, risquer de tout perdre. Des corps posés dans leurs états de corps, se demandant comment ils vont sortir de l'Histoire.

"Heureusement qu'il y a Internet !", nous l'avons tous pensé et tous dit. Sinon qu'aurions-nous fait ? Comment l'aurions-nous su ? Mon cerveau papillonnant ne parvient même pas à se projeter dans ce passé pourtant pas si lointain. C'est peut-être cette absence d'informations qui a provoqué les millions de morts de la grippe espagnole... Peut-être que nous sommes les vernis de l'Histoire, capables de connaître en une demi-seconde le nombre de morts à l'unité près, les décisions de l'armée et la date du report de Roland Garros. Ça nous permet d'encaisser, d'acheter des coquillettes et de nous amuser.

J'aime bien quand Jean-Louis Aubert fait ses sessions en Live, c'est touchant. Un mec libre qui a l'air gentil, qui a tout vu, qui branche sa webcam et ses lunettes, se marre et prend son kiff. On en voit des milliers des Jean-Louis Aubert ces temps-ci ! Tout le monde allume son journal intime ou sa webcam, moi je fais les deux, pour dire qu'on est encore là et qu'on ne va pas s'oublier. Faut préparer la suite, trouver de nouvelles histoires. On ne pourra plus faire comme si de rien n'était. Je sais bien que l'humain est un gros neuneu, mais là, quand même, je pense que ça va changer deux trois trucs.

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