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Journal d'un confiné. Jour #2. Mardi 17 mars 2020.

Par Vinvin

Je regardais les sous-titres sous le Président en me demandant comment ça marchait ce truc. Cinquante ans après le premier homme sur la Lune, il n'y a pas mieux que ce système pour sous-titrer ? À chaque fois qu'il disait "économique" ça écrivait d'abord "nks...", avant de rectifier. J'ai cru que c'était nkm qui revenait, mais non, soudain le mot "économique" surgissait. Il m'a paru long, le chemin du mot juste. Comment passe-t-on de nks à économique, voilà une vraie question !

Micro-pensées sans intérêt qui venaient aérer l'esprit pendant que le type disait "nous sommes en guerre". Six fois. La ficelle est un peu grosse mon Général ! Moi Président, je veux laisser une trace à l'INA. "Nous sommes en guerre !". Une guerre sans treillis ni rangers. Une guerre sale et invisible, une guerre civile où l'on se tire dessus à coups de postillons. Les commerces de proximité étaient priés de garantir les distances. Le tabagiste obligeait les gens à se tenir à deux mètres les uns des autres, et pas plus de trois personnes dans la boutique, il y avait dix mètres de queue dehors. Le type était attentif à la santé publique, il ne voulait pas qu'on choppe des merdes à nos poumons, c'était gentil.

Pour les courses, j'avais pris un sac en plastique solide du genre de chez Grand Frais, histoire de contenir du produit qui pèse lourd, bouteilles et autres conserves, de quoi tenir trois cent mètres à pied sans risquer le sac qui se déchire et qui finit dans l'estomac des tortues des Galapagos. J'ai vu la file d'attente devant le Franprix et je suis reparti aussi sec. Je ne suis pas allé voter par mesure de précaution, ce n'est pas pour tout gâcher au rayon pâtes, vide, aspergé par les hordes sauvages de voisins en panique qui crachent leur peur de mourir de faim sur les vitres couvertes de Covid du rayon jambon même pas bio. J'irai à une heure creuse un jour creux, vers 13h48 un jeudi, quand tout le monde sera tranquille avec ses 200 kilos de riz Basmati et 800 tonnes de papier Q. Au pire je mangerai du boulghour. Je m'étais acheté un paquet en mars 2016 dans un jour d'inspiration Vegan mais je ne l'ai jamais mangé ça fout la loose le boulghour ; ça me donne l'impression d'être un vieux hippie dépressif.

J'ai ressorti mon survêtement, on a le droit de faire de l'exercice. Si tu croises la police ou l'armée t'as intérêt à courir sinon c'est que tu te déplaces en loucedé et sans style. Faut tenir le rythme sinon t'as une amende, les mecs te surveillent au loin avec leur radar, faut pas t'arrêter de courir, jamais. Pour le clebs, c'est bon, on a le droit. Je trouve que t'es pas vraiment confiné si t'as le droit de sortir le clebs ; je ne sens pas le sacrifice.

Donc je résume. Tu n'as pas le droit de sortir de chez toi sauf si tu cours en survêtement ou que t'as un animal au bout d'une laisse. Tu as le droit de sortir pour faire des courses ou pour aller travailler, si t'as pas le choix, ou visiter des gens malades et dépendants... La vie de tous les jours en somme.

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